Ce que pensent les femmes détenues de la Prison Centrale de Yaoundé sur la Gestion de l’Hygiène Menstruelle.

prison centrale

Horizons Femmes va à l’écoute de chaque histoire respective des détenues de Kondengui concernant la gestion de leur menstruation.

 28 mai 2019, Journée Internationale de l’Hygiène Menstruelle, Horizons Femmes se dirige du côté de Kondengui à la Prison Centrale de Yaoundé, pour sensibiliser les couches vulnérables de cet établissement sur l’origine des menstrues et leur gestion, l’utilisation des serviettes hygiéniques, les tabous qui pèsent sur les règles et le lien entre elles et le VIH/SIDA. Il est exactement 14h30.

Dès l’entame du seuil de l’écluse de la clôture de la « célèbre » onzième province, la sécurité est de mise, pas question de parler d’oubli de la Carte Nationale d’Identité sinon vous resterez en demeure à la geôle, nous fait savoir d’un ton impératif une dame gardienne de prison.

Nous nous précipitons immédiatement vers l’administration pour des protocoles administratifs qui attestent de notre présence en ces lieux. En parcourant la cour pleine de détenus, marchant derrière notre guide (un membre de la sécurité pénitentiaire), avant d’atteindre les quartiers de notre cible ce jour, l’inquiétude et les appréhensions se lisaient sur certains visages de l’équipe de Horizons Femmes (7 en tout dont 2 femmes journalistes) car pour certains c’était la toute première fois de mettre  pied dans cet endroit « mythique » pour d’autres c’est juste une pure nostalgie qui laisse à chaque fois une sensation désagréable avec ces détenus nuisibles accostant avec insistance les visiteurs dans l’espoir de recevoir un présent.

Nous voici donc dans les quartiers des femmes ! le dispositif était déjà en place pour recevoir les hôtes, malgré la timidité de certaines pour venir s’installer et participer aux échanges. Mais la doyenne du coin (sûrement la cheffe des terres ou le Gouverneur) a vite fait de rappeler toutes les « maires » des « communes » de son territoire pour qu’elles assistent à la causerie. Ainsi, la parole nous est donnée, la Cheffe de projet GHM après les civilités habituelles, a commencé son exposé à l’aide des boîtes à images. Nous sous sommes étonnés de voir l’intérêt que ces femmes portaient au sujet débattu, et leur façon courtoise de répondre aux questions sous le regard bienveillant de la cheffe des terres : sûrement son influence y est pour quelque chose dans la politesse de ses congénères. « D’où proviennent les madras » (appellation camerounisée des règles), « comment les gérer » a demandé la cheffe de projet à l’assistance (composée de plus d’une quarantaine de personnes). « Les menstrues sont un phénomène naturel pourquoi en avoir honte ? nous n’avons pas choisi de saigner », a-t-elle répondu à une inquiétude de certaines femmes qui disaient avoir honte de parler de leur saignement.

Par ailleurs, à peu près 2 heures de débat nous ont fait avoir les avis de chacune des détenues sur la GHM, certaines participant avec enthousiasme à la démonstration des deux types de serviettes hygiéniques (lavable et jetable), certaines autres posant des questions sur le cycle menstruel, l’écoulement abondant et la couleur des règles, d’autres avaient des questionnements sur la période du ressenti de la ménopause et l’entretien des rapports sexuels pendant la période de saignement. A ces interrogations, notre équipe a donné réponse en martelant qu’il n’est pas hygiénique et sain d’entretenir des rapports sexuels pendant les règles, pendant cette période le virus du SIDA est libéré à forte dose dans ce flux sanguin et cela expose toute personne (en particulier un homme) qui aura un rapport non protégé en ce moment-là. Quant à la ménopause, elle est peut-être précoce (vers 39-40 ans en fonction des organismes) ou tardive (55 ans en fonction de l’organisme de chacune) et des signes précurseurs de son arrivée sont ressentis dans notre corps.

Il est 16h15, l’équipe de Horizons Femmes en remerciant l’assistance a remis deux ballots de serviettes hygiéniques à la doyenne en guise de kit de dépannage en cas d’« accident » comme pour montrer le bon exemple. Bien que, certaines femmes demandaient un bonus en guise d’ajout au don remis, nous prenions le chemin du retour espérant que notre passage aura un écho dans ce milieu, car certaines sont restées avec quelques boîtes à images pour continuer l’éducation des plus jeunes, ont-elles affirmé. Mais notre plaidoyer continue en direction des pouvoirs publics, des partenaires et de la société civile, pour doter un peu plus la jeune fille, la femme et les établissements du dispositif de gestion des menstrues. Et pourquoi pas subventionner la serviette hygiénique tel que le préservatif masculin l’est, dans la mesure où les règles sont un phénomène que la femme n’a pas choisi, pourtant entretenir un rapport sexuel est une décision libre ? A vous, le stylo et le haut-parleur…

 

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