L’abstention électorale, véritable déni de participation ou refus de la citoyenneté

urne vide

crédit photo: imani.net

L’engouement de la participation à la prise de décision collective sur la marche des affaires publiques qu’avait fait soufflé sur l’Afrique un fort vent venant de l’Est s’estompe progressivement.

De plus en plus les électeurs rechignent à accomplir leur devoir citoyen. Ce phénomène qui s’appelle l’abstention se manifeste de façon particulière, et a des incidences certaines sur le fonctionnement de l’Etat. La faculté de dire oui ou non, de faire ou de ne pas faire, est le fondement du suffrage universel et donc, de la démocratie. Nul ne doit être contraint de participer à la désignation des gouvernants. La liberté de l’électeur implique son droit de ne pas participer au vote s’il ne le désire pas. Si certains Etats occidentaux ont opté pour le vote obligatoire pour lutter contre l’abstention, les Etats Africains, à l’instar du Bénin, du Cameroun, du Gabon, du Sénégal et du Togo ont choisi de ne pas rendre le vote obligatoire. Leurs constitutions ne le prévoient pas expressément mais aucune sanction ne figure dans les lois électorales à l’encontre des abstentionnistes. Les électeurs disposent donc d’un véritable droit à l’abstention car toute obligation implique une sanction. Cependant, refuser de choisir c’est aussi choisir de se mettre en marge du processus de décision et opter pour la réception obligatoire des opinions et des volontés émises par d’autres. Une profonde réflexion mérite donc d’être menée sur non seulement les fondements de l’abstention électorale, mais aussi sur la catégorisation des abstentionnistes.

A la décharge des abstentionnistes, de nombreuses méthodes de fraudes électorales existent et prennent corps dès le début des inscriptions sur les listes électorales. Les inscriptions sélectives, arbitraires existent. De même le déroulement des élections dans de nombreux cas en Afrique ne répond pas toujours aux exigences internationales d’organisation des élections. Qui plus est le rôle des commissions électorales est lui tout aussi interrogé. En fait c’est l’ensemble même du processus électoral qui est contesté et ainsi fait naître chez les potentiels électeurs un véritable sentiment de simple faire valoir, juste utile à faire grimper les taux de participation avec en toile de fond la volonté de légitimer l’exercice du pouvoir à suivre.

Nous voulons cependant ici préciser que les sciences électorales ne considèrent pas le refus d’inscription comme étant de l’abstention. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai que cette attitude est tout autant assimilable à un refus de participation au jeu politique. Ainsi, l’abstentionniste est celui qui, inscrit effectivement sur une liste électorale, refuse par la suite d’accomplir son devoir de citoyen. Il existe en fait plusieurs catégories d’abstentionnistes.

Tout d’abord, relevons le cas du potentiel électeur qui bien qu’inscrit sur une liste électorale n’est pas réellement imprégné de la force du bulletin de vote. Cela pour une raison certaine, les mécanismes et les moyens de sensibilisation sur la nécessité pour tout citoyen de participer aux échéances électorales se limitent soit à des zones urbaines, soit à des groupes cibles déterminés, soit à une portion congrue de la population, snobant souvent les périphéries, les zones rurales, les groupes sociaux généralement marginalisés. Les électeurs de ces zones ou groupes s’en trouvent ainsi lésés, subissant donc la convocation du corps électoral et ses suites. Il n’y a donc pas un réel engouement vis-à-vis du fait électoral.

Par contre, l’autre catégorie d’abstentionniste est le potentiel électeur averti. Il vit le plus souvent en zone urbaine, s’imprègne lui-même de la réalité du jeu politique, participe aux campagnes de sensibilisation, et ainsi peut lui-même tirer ses conclusions. Sa non participation au jeu électoral est voulu et peut s’expliquer par la redondance de certains facteurs qui lui font craindre le détournement de son vote.

Au-delà de cette catégorisation, il importe surtout de s’interroger sur la valeur de l’abstention et dire qu’elle est surtout symbolique dans nos jeunes démocraties africaines. Le fait est en effet que la politique de la chaise vide profite au pouvoir en place qui, dans son souci de perpétuation, ne lésinera véritablement devant aucune méthode pour accentuer le découragement. Il importe de faire savoir aux potentiels électeurs que la volonté seule ne suffit pas. Ce qui importe c’est l’action, c’est la participation effective. Il est vrai les processus électoraux en Afrique souffrent de nombreuses carences parfois voulues, mais seule la mobilisation peut faire avancer la réalité.

Par Rodrigue PUEPI

Mots-clés: abstention, participation, démocratie, élections

 

*Les opinions exprimées dans cet article engagent exclusivement son auteur et sa propre responsabilité

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